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La méthode Feldenkrais nous invite à observer nos différentes manières d’être et d’agir au travers de notre corps en mouvement.

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Méthode Feldenkrais et Créativité

 

LA METHODE FELDENKRAIS AUGMENTE-T-ELLE LE BONHEUR ?

LA METHODE FELDENKRAIS AUGMENTE-T-ELLE LE BONHEUR ?

Je l’avoue, je suis très en retard, et je viens seulement de lire – enfin- le livre SAPIENS de Yuval Noah Harar. Cette modélisation de l’histoire de l’humanité est si éclairante et passionnante que je l’ai lue jusqu’au bout comme un roman à rebondissements !  Et j’ai été interpelée par l’un des derniers chapitres qui pose une question fort stimulante :  l’évolution de l’humanité a-t-elle contribué à en élever le niveau de bonheur ?

Avec une rigueur malicieuse, Harari interroge la manière de mesurer le bonheur, objective ou subjective, et tisse habilement différentes approches scientifiques incluant les recherches sur la chimie du cerveau. Et je n’ai pu que me réjouir de lire la phrase suivante :

Gagner au loto, acheter une maison, décrocher une promotion ou même trouver le grand amour n’a jamais rendu personne heureux. La seule et unique chose qui rende les gens heureux, ce sont les sensations plaisantes du corps.

Or c’est justement une des expériences que l’on fait quand on pratique la Méthode Feldenkrais : des sensations plaisantes dans son corps, parce que les mouvements deviennent plus faciles, plus fluides, parce que certaines douleurs s’apprivoisent, s’atténuent, voire disparaissent. On apprend à écouter son corps, et à utiliser un certain nombre d’outils d’exploration systématique, pour développer des mouvements harmonieux et plus aisés, et ainsi augmenter sa sensation de bien-être.

Toute contente, je me suis dit alors que cet argument pourrait devenir un argument pour inciter à la pratique de la Méthode Feldenkrais : elle ne rend pas forcément heureux, mais elle y contribue.

Mais mon enthousiasme a été aussitôt douché par un article du Monde paru juste au même moment, sur l’ « happycratie » ou la dictature du bonheur, complété par un entretien passionnant avec la sociologue Eva Illouz à l’occasion de la sortie de son livre coécrit avec Edgar Cabanas : Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies . Elle y démontre comment le bonheur est en train de devenir un instrument du pouvoir néo-libéral aux multiples avantages, affaiblissant la lutte politique collective : chacun devient responsable de son propre bonheur, par-delà les circonstances sociales. Le bonheur devient un nouveau bien de consommation immatériel, qui permet en retour d’augmenter la productivité dans les entreprises.

 

De fait, Feldenkrais était soucieux d’augmenter l’efficacité des actions, ou plus exactement leur efficience. Son intention était que les actions puissent être menées sans déperdition d’énergie, avec le minimum d’effort nécessaire, et pour cela, il a découvert qu’il fallait travailler d’abord sur l’image de soi dans le mouvement. La Méthode Feldenkrais est utilisée en Amérique du Nord par des sportifs de haut niveau qui veulent améliorer leurs performances, et en Europe plus souvent par des danseurs ou des musiciens qui veulent progresser, et améliorer le rapport entre leur force et leur souplesse.

 

Les personnes qui pratiquent Feldenkrais vont mieux se débrouiller pour composer avec des contraintes. Mes élèves me rapportent souvent que la pratique de la Méthode Feldenkrais a aussi un effet sur leur manière d’envisager les différentes situations de leur vie quotidienne. Il renforce une forme d’optimisme qui incite à croire qu’on peut trouver une solution en explorant diverses possibilités, y compris celles qu’on ne connaît pas encore, en se mettant à l’écoute de la réalité de la situation, et en ouvrant le champ des possibles.

 

Oui, je crois profondément que les gens qui pratiquent Feldenkrais deviennent plus performants et aussi plus créatifs. Mais cela n’a pas grand-chose à voir avec la psychologie positive, mais plutôt avec le développement d’une écoute subtile et attentive de la réalité physiologique de notre corps, du soutien du squelette, du fonctionnement des articulations, des relations entre les différentes chaines musculaires, avec un développement de notre perception de l’environnement, et de notre capacité à imaginer nos mouvements.

 

Feldenkrais était très soucieux de l’action effective et efficace, et même de la performance. Il aimait travailler avec des gens célèbres, que ce soit Yehudi Menuin ou Ben Gourion. Mais il était aussi très attaché à l’idée que chaque individu pouvait s’améliorer. Et c’est pour cela qu’il a aussi beaucoup travaillé avec des enfants infirmes moteurs cérébraux ou des personnes handicapées à la suite d’AVC par exemple.

 

Le bonheur n’a pourtant sans doute pas été l’un des moteurs du travail de Feldenkrais. Rappelons l’environnement dans lequel l’homme s’est construit, raconté notamment  par Norman Doige dans le livre  Guérir grâce à la neuroplasticité . A 13 ans, Moshe Feldenkrais a fui les pogroms en Russie en allant jusqu’en Israël à pied, avec une bande d’enfants.  Il a ensuite vécu en Israël à une époque où les Juifs n’avaient pas le droit d’y avoir d’armes, ce qui l’a conduit à mettre au point des gestes de défense qui étaient assez proches du judo qu’il allait ensuite découvrir alors qu’il étudiait la physique en France. France où il est devenu l’une des premières ceintures noires de judo. France qu’il a dû fuir au moment de la Seconde Guerre Mondiale, jusqu’en Angleterre, où il s’est retrouvé emprisonné un temps parce que son nom de famille avait une consonance allemande ! Et il a inventé sa méthode pour ne pas être limité par une blessure au genou pour laquelle les médecins n’excluaient pas qu’il boîte tout le restant de sa vie. On le comprend, la question de la performance pour Feldenkrais est un enjeu de survie, bien plus qu’une question de bonheur.

 

Ce qui ne l’a pas empêché d’inventer une Méthode d’une subtilité incroyable, que certains qualifient judicieusement de « méditation en mouvement ». De fait, elle peut constituer une bonne introduction à la pratique de la Méditation Pleine Conscience pour tous ceux qui ont du mal à faire taire les ruminations perpétuelles de leur cerveau gauche. En effet, sous la conduite de l’enseignant, l’esprit est invité à poser nombre de questions en lien avec les sensations corporelles, et les personnes se rendent compte au bout d’un certain temps, que les pensées s’apaisent en même temps qu’une certaine forme d’attention s’éveille.

 

Par certains côtés, les effets de la Méthode Feldenkrais pourraient ressembler à ceux de la méditation Pleine Conscience proposée par Chade Meng Tan qui utilise sans scrupules l’argument de l’amélioration des performances pour promouvoir sa démarche au sein des entreprises. Oui, j’aime beaucoup son approche très décomplexée de la méditation dans Connectez-vous à vous-même. Oui, il incite les entreprises à ouvrir des créneaux de méditation pour leurs salariés car cela va augmenter leur productivité. Et oui, il n’hésite pas à dire que la méditation rend plus heureux. Mais j’aime à croire qu’il est une sorte d’agent infiltré, puisqu’il dit aussi que son objectif est la paix dans le monde, et donc plus d’empathie, et plus de « sens ». Le bonheur n’est pas une valeur en soi, mais un moyen…

 

D’ailleurs le bonheur dont parle l’article du Monde sur l’Happycratie est-il vraiment le bonheur ? Un bonheur durable ?  On y parle de bonbons, de gâteaux et de temps imposés de réjouissances en entreprise. Des sensations éphémères qui ont plus à voir avec la dopamine, de l’ordre d’un plaisir immédiat suscitant une forme d’addiction et donc de dépendance aveugle. Rien à voir avec la sérotonine et l’ocytocine qui supposent un long travail sur soi, bien plus rigoureux, avec exploration et remise en question.

 

Je considère la Méthode Feldenkrais comme une discipline, qui suppose un engagement, de la rigueur, et aussi une reconnaissance bienveillante de ses propres limites et fragilités, même si c’est pour mieux les gérer ensuite.

Je suis toujours très émue et… heureuse, quand je travaille avec des élèves d’observer la joie qui les illumine, quand ils découvrent tout à coup, une manière plus agréable de faire un mouvement, et comment cette expérience les transforme… Leurs visages se détendent et s’éclairent, leurs yeux pétillent. C’est fugace, car aucune des sensations n’est permanente. Mais ils peuvent aussi sentir cette porte qui leur permet d’habiter plus pleinement leur corps. Alors oui, la Méthode Feldenkrais peut contribuer à susciter des instants de joie, et donc une forme de bonheur.

Et j’aime à croire que cette discipline développe surtout l’autonomie des personnes, leur capacité à anticiper, à sentir, à s’autoriser les remises en question, et donc que c’est aussi une porte vers plus de… liberté.

Et je pense que cet homme pour qui les personne gravement handicapées étaient avant tout des élèves susceptibles d’apprendre comme les autres,  ce curieux infatigable qu’était Moshe Feldenkrais, n’aurait pas renié les deux valeurs dont se réclame Eva Illouz dans son entretien au Monde: la justice et la connaissance.

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