Cultiver nos valeurs
Tous les jours, l’actualité m’apporte une nouvelle raison de colère face à ce que l’on fait subir à notre planète, ou contre un certain Président des USA. Et je peux avoir le réflexe de déplorer tout cela avec mes amis… mais au-delà de déteindre sur mon moral, donner trop d’attention à ces catastrophes finit par contaminer ma manière d’être au monde. Alors ma résolution aujourd’hui est de ne pas fermer les yeux, mais de m’engager à cultiver les bonnes nouvelles en relation avec les valeurs qui me tiennent à cœur, pour les faire grandir autour de moi.
Ne te laisse pas abattre par les sales bâtards !
Cette traduction approximative d’un toast porté traditionnellement par les Irlandais est à mon goût toujours très riche de sens. C’est grâce à Steve Gilligan, qui a été mon formateur en Hypnose Générative, que je l’ai découverte, car il la prononce souvent.
Cette phrase parle d’abord du fonctionnement de notre système nerveux, et notamment du striatum. Pour assurer notre survie, celui-ci va privilégier les informations qui nous aident à préserver notre sécurité. C’est normal d’accorder une attention urgente et privilégiée à ce qui peut nous mettre en danger. C’est un réflexe qui peut nous sauver la vie. Et ensuite le cerveau va faire tout un travail de connexions, de mises en relations, pour apprendre à repérer des signaux faibles avant que le danger soit effectif et insurmontable.
Sauf que ce fonctionnement du cerveau peut aussi se retourner contre nous. On le constate notamment en cas de douleurs chroniques. Le moindre signal faible associé qui rappelle le stress de la douleur aigüe vient renvoyer le signal de douleur alors que la cause n’est pas là.
Nous restons « accrochés » à cette sensation de douleur et pour véritablement vaincre une douleur chronique, il faut pouvoir mettre son attention sur de nouvelles sensations intéressantes, à la fois agréables et stimulantes. C’est ce que j’expliquais dans mon article de blog Douleur Chronique et Feldenkrais .
Colère, ressentiment et réseaux sociaux
Aujourd’hui, on sait que les algorithmes des réseaux sociaux surfent sur ce qui va être considéré comme insupportable, susciter notre colère et notre ressentiment. C’est sur ces pires nouvelles que nous nous focalisons, et les réseaux ne se lassent pas de nous en proposer de pires ! Quitte à nous manipuler pour nous emmener vers des vérités alternatives et des fake news.
C’est pourquoi j’attache tant d’importance à m’abonner à des journaux comme Le Monde, et à soutenir des organisations comme Reporters sans frontières. Mais là encore, que de mauvaises nouvelles !
Et tous les jours hélas, j’y trouve des raisons de m’indigner. Certains puissants de ce monde prennent un malin plaisir à occuper le terrain informationnel à tout bout de champ, quitte à y raconter n’importe quoi. Et cela me renvoie à mon impuissance.
Alors je constate que mon cerveau a une tendance importante à laisser tourner en boucle ces informations dans mon cerveau. Et que cela va modifier peu à peu ma manière de voir le monde et de m’y engager. Et que je pourrais même rentrer dans des rhétoriques qui ressemblent à celles que je déteste… Notre pensée peut être contaminée…
Ne pas se laisser happer par la rhétorique?
J’ai par exemple vu tout récemment le film GOUROU qui revendique de dénoncer les dérives sectaires des coachs. Sauf que le scénario se complait dans la rhétorique de ce qu’il prétend dénoncer. Et le pire c’est que c’est peut-être comme cela que le film construit son succès public auprès de la Gén Z, qui était tellement nombreuse dans la salle. On rigole, mais on est délicieusement maintenu dans une certaine idée de la performance individuelle et de tout ce qu’elle peut avoir de séduisant. Tout le monde aimerait être comme Pierre Niney à défaut de son personnage, et réussir comme lui… Et tout peut s’embrouiller… Personne dans ce film ne représente une certaine moralité maintenue. En face du héros gourou, principalement des faibles ou des malades… et pas vraiment d’alternative ou de piste de solutions face à ces dérives sociétales de la performance et du libéralisme.
J’ai peur, je ne sais pas comment lutter.
Je râle et ne sais pas où agir… et ça me tétanise.
Le fameux état de sidération…
Au point que je ne peux rien faire d’autre que de raconter encore ces infos horribles et de surenchérir.
Et en même temps, je me rends compte à quel point ça peut me contaminer et rétrécir ma vie et ma créativité. Mon cerveau obnubilé ne peut plus prendre en compte ce qui va le réjouir, l’émerveiller, le régaler et l’aider à trouver des modes d’action qui me correspondent.
Mais pour autant, je n’ai pas envie de faire comme certains de mes amis qui avouent « ne plus suivre les informations pour se préserver ».
Car je tiens à certaines valeurs humaines auxquelles j’ai envie de croire.
Et parfois j’entends dans ma tête cette chanson de Boris Vian « La java des bombes atomiques »… Oui, je comprends qu’on ait parfois envie d’entrer dans une forme d’activisme engagé… qui peut parfois s’avérer utile, mais aussi épuisant. C’est ce que raconte le film de Vincent Verzat Le vivant qui se défend. Ce cinéaste documente régulièrement les actions d’activistes comme les membres des Soulèvements de la Terre, dont j’admire l’engagement… Mais il a aussi éprouvé le besoin de se recentrer sur ce qui justifie ses luttes : filmer le vivant dans son quotidien, ses détails, ses nuances. Et il a fait ce film magnifique sur des animaux qui vivent autour de chez lui, et grâce à ce film, je me suis mise à apprécier et même aimer les blaireaux ! Et ça m’a fait du bien.
Cultiver ses valeurs
Alors oui, je pense qu’il nous faut apprendre à prendre soin de ce qui nous fait du bien.
Je veux rester informée, mais je refuse de me faire contaminer. Et c’est très difficile car un certain président qui devrait être en prison fait tout pour que son nom soit le mot le plus prononcé par les médias quitte à assumer le grotesque pour mieux nous manipuler, comme c’est bien expliqué dans cet article du Monde. Cette manière d’occuper le terrain peut nous faire perdre de vue les priorités.
Alors j’admire cet autre article du Monde qui met en parallèle Minneapolis et l’histoire de Zola dans son célèbre article sur l’Affaire Dreyfus, qui ne cite jamais le nom que je ne dirai pas. Bravo ! Il ne nous parle que d’un combat magnifique, et de comment Zola a assumé l’exil au nom de sa foi en la république et la démocratie.
Et cela me fait du bien de me relier à des combats que je peux comprendre et admirer.
Et cela me donne envie de partager aussi cela !
Et je pense que c’est important pour notre cerveau d’apprendre à ramener l’attention sur des choses qui nous font du bien. C’est pourquoi au sein des groupes que j’anime, j’encourage le partage sur des films ou des livres qu’on a aimés, qui ont touché notre sensibilité et nous mettent en lien avec une bonne énergie.
Partageons les bonnes nouvelles, les anecdotes, qui peuvent ajouter de l’humain. C’est ce que j’avais entrepris dans un blog que j’avais créé, Valeur Humaine Ajoutée, et dans lequel je n’arrive plus à écrire depuis un certain temps… Alors je commence ici par une petite anecdote dont j’ai été témoin dans le bus récemment…
La solitude du chauffeur de bus
A partir d’une certaine heure, je peux prendre le bus pour rentrer chez moi plutôt que le métro, car la circulation est moins dense. Le temps est à peine plus long, mais surtout je peux m’installer et plonger dans un livre sans me soucier de changer de ligne. Et ce soir-là, j’en avais justement un avec moi qui me passionnait.
Je monte et salue le chauffeur, visiblement un jeune de banlieue qui démarre dans le métier, et je vais m’installer au fond. Et au bout d’un certain temps, je suis tirée de ma lecture par une engueulade en bonne et due forme. De loin je ne vois pas trop ce qu’il se passe, mais le chauffeur semble avoir ouvert la porte pour insulter quelqu’un qui le lui rend bien ! Je pense qu’il s’agit d’un vélo qui lui a coupé la route … Cela arrive parfois, ou plutôt tellement souvent…
Les chauffeurs de bus ont leur place dans ma galerie des héros du quotidien. Ils sont seuls face aux incivilités de ceux qui montent dans le véhicule dont ils ont la charge, et seuls face aux chauffards parisiens qui roulent sans scrupules et sans prendre soin des autres, qu’ils soient en voiture, en scooter ou à vélo…
Et comme mon livre est vraiment passionnant, j’y replonge dès que les invectives sont terminées sans plus me soucier de ce qui a pu se passer. Sauf que ma lecture se complique : la conduite du bus devient de plus en plus brusque, saccadée, j’ai l’impression qu’il veut doubler en utilisant une voie réservée à la circulation en sens inverse, et il continue de crier… il semble que c’est sur une voiture, à laquelle il coupe la route en redémarrant avec un coup de volant. Je pousse un soupir…
une histoire qui tourne bien
Et là se produit un petit miracle du quotidien. Une jeune fille de 25 ans qui était assise juste derrière lui se lève et s’approche, et commence à lui parler.
Elle lui demande « comment il va »… Et avant qu’il n’ait le temps de répondre, elle se justifie
- Parce que moi, je suis super en colère ! j’ai tout vu, et ce mec comment il s’est comporté, comment il conduit, ça m’a mise très très en colère, c’est vraiment inadmissible et dégueulasse…
Et je n’entends pas tout car je suis derrière, mais on dira qu’elle lui offre tout son soutien depuis une « posture basse ». Et tout à coup le chauffeur répond
- Grâce à ce que vous me dites, je ne suis plus en colère, merci…
Et effectivement il retrouve de la tranquillité dans sa conduite, et après une petite révérence d’admiration muette pour l’intervention de la jeune femme, je peux replonger dans mon livre… Jusqu’à ce que deux loustics montent dans le bus sans payer pour foutre le bordel pendant 2 stations en jetant des papiers de bonbons partout et en faisant des tractions sur les barres pour se tenir… Mais le chauffeur reste calme.
Et quand un peu plus tard je fais part de mon admiration à la jeune femme qui descend à la même station que moi, elle me répond
- Je ne voulais pas qu’il perde son travail à cause d’un connard !
Alors bravo, je ne sais pas ce que fait cette jeune femme dans la vie, qui a pu suivre ce qu’il se passait parce qu’elle n’était peut-être pas plongée dans son téléphone avec des écouteurs à ce moment-là, mais elle a agi, pour dénouer une situation, et pour remettre de l’humain.
Alors depuis j’adore raconter cette histoire et je voir le sourire s’épanouir sur le visage de ceux à qui je la raconte.
Et je m’engage à développer mes antennes et mon attention pour être à l’affut des prochaines belles histoires que je vais pouvoir raconter… sans me laisser envahir par la rhétorique des « bâtards »… Et je reconnais que c’est un vrai « travail », une pratique engageante, que d’entraîner mon attention à se focaliser sur les bonnes nouvelles. Mais que cela vaut le coup…
Et vous, à quelle belle histoire « vraie » et réjouissante pouvez-vous penser, là, tout de suite ?
Blandine Stintzy
février 26
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